Attiches : la Chappelle du Clerc

Dans la rue principale du village, jadis en bordure de la route, se trouve cette chapelle bâtie en reconnaissance d’un vœu exaucé : la Chapelle du Clerc. Elle est composée d’une niche entourée de brique et de pierre calcaire. Dans le fronton, au-dessus du cintre de la niche, une plaque en pierre de Tournai est sculptée d’un écu portant deux plumes croisées et la date, répartie de chaque côté : 1689.

A ce petit oratoire (que certains disent avoir été dédié à sainte Elisabeth de Hongrie, comme léglise, mais qui abritait une statue de la Vierge, qui fut dérobée) se rattache une légende dont le thème est fréquent dans la littérature à travers les siècles.

Eleyne d’Attiches

Qu’on en juge :

« Au XVe siècle, Eleyne, jeune noble de 16 ans née au château dHerrines alors situé vers Tourmignies, est recueillie par sa marraine. Celle-ci nest autre que la comtesse Jehanne dEncre, veuve du Châtelain de Lille, Jehan de Luxembourg. Depuis son veuvage elle réside volontiers au château du Plouich, à Phalempin. Elle a pour page et secrétaire le jeune Gauthier, beau garçon de 18 ans, natif dAttiches, mais de naissance roturière. Les deux jeunes gens séprennent lun de lautre. La comtesse désire favoriser cet amour mais il faut obtenir des dispenses du pape. Elle envoie à Rome son clerc avec lespoir aussi de le voir anobli. Eleyne donne à son amoureux une plume de sa coiffe en gage damour, lui disant « sans plume le clerc ne peut écrire ». Labsence du jeune homme sera très longue

Sous la pression de son entourage, Eleyne épouse le comte de Harnes. Un an après, lors dun banquet donné pour fêter ses relevailles, un ménestrel se présente à la salle du festin, y chante des amours contrariées et souffle la phrase à la jeune comtesse qui reconnaît alors son amoureuxLe comte de Harnes le fait assassiner dans la forêt de Phalempin et, de douleur, Eleyne meurt peu après, ayant demandé à sa marraine délever une chapelle en mémoire de son amour et portant la fameuse phrase… »

Laquelle est gravée sous l’écu, sur une banderole, et ainsi orthographiée : « SANS PLVME LE CLERCQ NE PEVT ESCRIRE »

Un amour impossible

Les personnages appartiennent effectivement au XVe siècle et sont attestés par de nombreux textes. Mais aucun de ceux-ci ne fait mention de cette affaire. De plus, la chapelle porte la date de 1689 et ne porte pas de rappel de l’événement qui en aurait motivé la construction, ce qui est étrange… Ce récit est relaté par Hippolyte Romain Duthilloeul dans ses Petites histoires des pays de Flandre et dArtois, recueil paru à Douai en 1835 (pages 30 à 45) puis réédité à Paris en 1840. En est-il l’inventeur ? C’est probable car il rapporte pour d’autres lieux de nombreux faits légendaires. Tous les auteurs qui ont écrit là-dessus plus tard ont recopié plus ou moins totalement son texte ! Le thème est bien connu et ces amours impossibles ont enrichi la littérature de nombreux chefs d’œuvre : Pelléas et Mélisande, Tristan et Iseult, Lancelot et Guenièvre, Héloïse et Abélard, Roméo et Juliette, Francesca et Paolo de Rimini… Le Romantisme va en faire des romans, des pièces de théâtre, des opéras… La liste de ces amours impossibles ou interdites est longue !

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