Bersée – Le calvaire des Quatre Bons Dieux

Ce calvaire, pour le moins étrange, est certainement unique en son genre. Il est constitué d’une double croix en fer forgé sur un socle de pierre. Sur cette croix, quatre représentations identiques du Christ, adossées deux par deux, regardent dans quatre directions différentes. On peut lire sur certains documents qu’ils sont orientés vers les quatre points cardinaux.

D’autres textes indiquent que l’on avait érigé quatre représentations du Christ pour honorer quatre frères revenus d’émigration. Sur le socle, cette inscription : « Dieu a pardonné. Déportés, émigrés, priez. Dieu de bonté, protégez Bersée, 1793. Dieu hait l’orgueil et l’hypocrisie. L’écriture le dit, 1838. Ce monument serait à l’origine dû aux frères Ricourt, issus d’une famille aisée de cultivateurs, en mémoire des émigrés à leur retour d’exil.

Les Ricourt, à l’origine du calvaire ?

Michel Ricourt (fils du meunier de Templeuve) et Bonne Fichelle occupaient avec leurs enfants une très grande ferme au Pavé de Bersée. Deux de leurs fils, accusés d’avoir propagé des idées contre-révolutionnaires, auraient été arrêtés pour cette raison et auraient réussi à s’évader. Toute la famille aurait alors réussi à se réfugier en Angleterre, en 1793.  A leur retour, ils auraient érigé ce calvaire à la mémoire des émigrés. En effet, la tradition populaire veut que ce calvaire ait été édifié en 1795. Mais, c’est très improbable car des émigrés ayant fui la Révolution pour des raisons religieuses ne seraient certainement pas rentrés juste après la Terreur, à une époque où l’on guillotinait encore des prêtres réfractaires. Par ailleurs, une plaque apposée dans l’église de Bersée cite sept membres de la famille Ricourt : tous émigrés en 1793, rentrés en France en 1825. Les Ricourt ne sont pas rentrés non plus en 1825 car Thérèse Fichelle, dont le nom figure sur la plaque de l’église, est décédée à Templeuve en 1808. La plupart des émigrés sont rentrés quand Bonaparte est devenu Premier Consul, en 1799, et qu’il les a amnistiés. Le calvaire aurait donc été édifié au tout début du XIXe siècle, sans que l’on puisse préciser la date exacte. Les deux derniers frères Ricourt sont morts célibataires, dans leur ferme du Pavé, en 1866 et 1870. La ferme a, par la suite, été détruite. Leur pierre tombale est la seule qui soit restée de l’ancien cimetière autour de l’église. Victime plusieurs fois de vandalisme, le calvaire a été restauré en 1936, en 1992 et en 2016.

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